lundi 25 novembre 2013

Visite guidée ensoleillée


Entrez, prenez une chaise...


 « Une chaise. Asseyez-vous, prenez une chaise.
Prenez-en deux, tiens. Venez vous assoir qu’on se raconte un peu.
Vous avez des nouvelles ?
Vous savez, j’habitais ici, à Nérondes, au n° 1 Grand’ Rue. J’y ai vécu toute ma vie.
Et vous ? Près de la gare ? Ah oui ?
Tenez, prenez un moment.
Un peu de temps, de repos, de rêverie.
Sans table ni établi, sans ouvrage ni couteau, sans outils.
Asseyez-vous, je vous en prie.
Vous êtes ici chez vous. »
Pauline Sauveur




 Inventaire 

La maison digère.

Elle accueille et agglomère nos objets anodins. La foule intense de nos affaires matérielles. Les objets, la vaisselle, les outils qui s’accordent à nos gestes essentiels. Manger, dormir, s’abriter, s’aimer, apprendre, préparer, travailler, grandir, chaque jour.
Puis les objets s’usent. Ils s’amenuisent, se perdent, s’inutilisent. Ceux qui ne servent plus s’effacent et perdent leur statut d’objets usuels, pour se fondre dans la masse.
A la matière même de la maison. Petites monstruosités… Oblitérés, oubliés, ils disparaissent sous les années de poussières, en fond d’étagères, en bas de placards et cartons de greniers.
Passent le temps et la lumière, les objets amoncelés pourraient être enfantés par la maison elle-même, les habitants d’il y a longtemps n’étant plus là pour en parler. La maison qui crée, produit et se fabrique elle-même. Les yeux dans le vague, elle avale tout et rumine encore.

 Pauline Sauveur





[dedans]
Le dedans.

Le cœur de la maison découvert au moment de la démolition.
L'âme de l'étude notariale rencontrée à notre première visite.

Laurence Bernard






 

La traversée, fragments d’une émotion

De l’autre côté du mur. Il y a surement ce qui me plait.
De l’autre côté, du miroir, quelque chose à voir.
Traverser les murs. Les vieux journaux de 1937 sommeillent à l’orée du plâtre – dessous – on les a vus, on en a lus et parcourus en effeuillant le papier peint des murs.
Traverser la maison le temps. Je me glisse entre les lattes, j’entre.
Je découvre à l’étage un cagibi à tuyaux, ce placard de convenance où se rangent les descentes des eaux de pluie et les conduits inamovibles qui traversent la maison, de part en part.
Le bruit chemine et l’autre côté s’en suit. Le chemin secret des charges, le poids de la construction. D’un versant l’autre la maison pèse sur ses fondations.
Je suis un indice, une idée, une écriture, une famille dans son dossier résumée. J’invente.
Arbre généalogique de l’alchimie du lieu : l’espace et l’émotion liés.

Pauline Sauveur



 
 





Nos liens ?

Petits fils rouges que nous avons retirés des liasses de papiers notariaux (remplacés au fil du temps par les épingles, trombones et agrafes) Précieusement, je les ai gardé à chaque-rencontre atelier. Ma demande était: lorsque vous prenez un dossier, coupez et tirez les fils rouges qui le relient, «mais madame, si le fil est vert je le garde aussi? Et s'il est plus long?» eh oui, j'ai tout récolté et me voici devant un TAS de fils. Aujourd'hui je les noue. Patiemment, le fil se crée, il devient pelote. Chaque morceau représente un dossier de l'étude notariale, un extrait de la vie des gens et des familles.
Cette pelote c'est un cœur, le cœur qui bat des vies reliées ensemble par ces nœuds, je les enroule autour de la petite maison de métal puis de la grande. Fils de vies, fils d’araignées, fils rouges.
Le fil du notaire file le long de la maison, en bobine se débobine et relie les vies de madame X et monsieur Y. Actes de ventes, donations, testaments, dettes, à valoir, comptes, fermages. Tous se rejoignent sur le bureau du notaire couchés sur le papier et chaque document est relié par ce petit fil dont le rouge est passé par le temps, cousu directement dans le papier il y a quelque 150 années.

Laurence Bernard










En visite… Habiter / Habité

 Les images, le fil de l’histoire.
Vielle maison in-habitée, qui nous a regardé arriver.
Faire connaissance, l’apprivoiser.
Puis s’installer, ouvrir les portes et les volets de la maison de vacances.
On prend place, les fils, les images, les mots, les objets, les peintures et les archives, les livres, nous accompagnent et se sédimentent, aux murs, aux plafonds.
Les habitants nouveaux, jouets monstres et personnages invités s’y plaisent.
Puis vient l’été. La maison s’ébroue, se casse, se fissure. Se désagrège. Elle s’envole en poussière pendant que de nombreux camions – démolition – évacuent l’irréductible matière, qui foisonne et occupe la place un temps – en tas.
Nouveau bâtiment, nouvelles fonctions.
Ici et maintenant, autre chose.

Pauline Sauveur





Les cerises du salon de musique


Une maison, un terrain de jeux, un terrain de vie.
Cette maison me raconte son époque, sa famille, un moment de son histoire et je passe facilement de l'autre côté du miroir par le simple rayon de soleil qui brille sur les cerises du papier peint du salon de musique... Je rêve...je m'imagine une histoire, une vie; quelle vie?
Quotidien, bouts de mémoires en vrac, le corps, maison de pensées, réflexions, transparences, intérieurs; passer l'aiguille régulièrement comme le temps passe tranquillement. Je dessine la maison du notaire sur les papiers du notaire. Avec une pointe Bic, je laisse aller cette bille noire sur l'encre de la plume du clerc du notaire qui date de 186... 150 ans.

Laurence Bernard





Maison, village, ville, cité, capitale, métropole, mégapole, monde, universel.

Je lis les actes notariés, je feuillette les vies, mon regard passe du contrat de mariage au testament par le contrat de bail, les donations et les quittances de droits de succession. Les papiers filent entre mes mains... 1864 novembre famille Y ou époux X, arbre généalogique dessiné rapidement, petite écriture fine de Sergent-Major qui nous racontent la vie tout simplement.
Alors, j’enveloppe la maison d'un voile blanc, je la prépare, je la sublime comme pour ses noces. Elle abrite une multitude de maisons découpées dans les papiers des archives notariales. Accumulation de petites formes géométriques qui forment un nuage léger et s'envolent vers l’imaginaire.

Laurence Bernard





à visiter tous les jours dans les jardins de la mairie de Nérondes
jusqu'au 13 décembre 2013

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